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Passe le relais, partage tes valeurs!

En novembre 2014, nous présentions dans le Journal des arts et métiers une initiative émanant de deux entrepreneurs romands qui souhaitaient aider les chefs d’entreprises à transmettre leur bien: Jacques Meyer et Andreas Giesbrecht. Après douze mois d’activité, PME-Successions rencontre un succès croissant. Le point avec Jacques Meyer sur le marché actuel de la transmission d’entreprises avec quelques facteurs de réussite dans un type d’opération qui reste délicat. «L’exercice 2015 s’est soldé par un résultat positif, meilleur qu’attendu, en particulier étant donné l’importance des coûts de lancement», observe Jacques Meyer, joint par télé- phone alors qu’il se rendait à un rendez-vous pour une transmission dans un bureau d’ingénieurs. «Par ailleurs, nous avons pas mal de projets dans le pipeline, une vingtaine environ. Nos contacts montrent que l’intérêt pour reprendre une entreprise romande dépasse les frontières de cette région.»

Connaissance du marché local

L’ancien banquier confirme une tendance qui s’était déjà manifestée: il y a massivement plus d’acheteurs que de vendeurs. De nombreuses demandes émanent notamment de personnes qui ont terminé une carrière dans une grande entreprise multinationale et qui aimeraient reprendre une entreprise, ou d’entrepreneurs suisses ou étrangers. Mais devenir son propre patron n’est pas donné à tous. La grande difficulté consiste à trouver des repreneurs qui soient à la fois compétents sur le plan commercial, managérial et technique. Faire aboutir une transmission prend du temps. «Nous comptons entre douze et dix-huit mois, raconte-t-il. Avec une bonne dizaine d’opérations réussies et une vingtaine de projets imminents, il y a du pain sur la planche.» En 2016, il prévoit d’étoffer son équipe, car un conseiller s’occupe de trois à quatre dossiers en parallèle. «Nous sommes actuellement deux associés et une assistante. Nous avons des partenaires à Neuchâtel et prochainement à Genève ainsi qu’une antenne en Valais. A terme, nous pensons compter trois à quatre correspondants supplémentaires dans les divers cantons romands, des professionnels qui connaissent les entreprises locales.» Avis aux amateurs: le marché est en forte progression et un nombre important de PME, (elles seraient 75000 en Suisse selon le SECO), devront trouver une solution au cours des prochaines années.

La question du prix

Mandater des professionnels externes pour une transmission, est-ce coû- teux? «A la différence d’une agence immobilière, qui doit vendre un appartement à St-Sulpice, nous devons trouver un acheteur en Suisse ou à l’étranger, agir de manière confidentielle, négocier les conditions d’une reprise, ce qui représente un immense travail, observe-t-il. Puis, il faut coordonner tous les travaux qui vont conduire à la rédaction et finalement à la signature des contrats. Notre travail consiste également à apporter un soutien aux parties, tant pour le financement, la communication ou la préparation des audits et des contrôles comptables, juridiques voire fiscaux. «Pour tout cela, la commission perçue est très proche de celle facturée par un agent immobilier dont le travail est, me semble-t-il, plus simple et surtout plus rapide.» Mots-clés: assurer la pérennité de l’entreprise, maintenir les emplois et disposer de toutes les compétences nécessaires pour que cette transition soit durable.

Philippe et Markus : Mutations rapides dans la machine agricole

En janvier, on apprenait que dans le monde des machines agricoles, J. Bovet SA, basée à St-Aubin dans la Broye fribourgeoise, avait été reprise par le groupe GVS Agrar SA, une société schaffhousoise issue elle-même d’une fusion entre trois sociétés différentes regroupées en une coopérative. Pourquoi avoir repris cette socié- té romande? «Premièrement, le personnel et le site de Bovet SA ont beaucoup de potentiel pour renforcer la distribution de nos produits en Suisse romande, explique le repreneur, Markus Angst. Deuxièmement, les produits d’importation de Bovet SA, qui complètent parfaitement la gamme du groupe GVS Agrar SA et que l’on souhaite distribuer via notre réseau de concessionnaires, représentent également un atout important. Depuis longtemps déjà, nous entretenions d’excellentes relations professionnelles avec Philippe Bovet.» Ce que le vendeur confirme volontiers: «Dans le monde du machinisme agricole, les regroupements et les rachats vont bon train. Les changements sont autant rapides que nombreux, raconte Philippe Bovet. Premièrement, la gé- nération qui suit la mienne n’offrait pas de relève potentielle pour l’entreprise. En effet, mes enfants ont réalisé des choix de carrière différents et je les félicite pour leur parcours.» Mais pourquoi ce repreneur? «Je cherchais à réaliser une transmission winwin. A notre partenaire, nous apportons du savoir-faire, une belle image et surtout une gamme de produits enviables, à distribuer sur tout le territoire suisse. GVS nous apporte un vaste réseau de vente, une meilleure visibilité et une certaine sécurité pour l’avenir. Enfin, c’est important, nous partageons les mêmes valeurs.»

Marlène et Sabine : Un salon de coiffure

Au cours des derniers mois, divers projets ont été rendu publics sur le site de pme-successions.ch. En octobre 2015, ce fut l’histoire d’un salon de coiffure à Fribourg. Après plus de sept ans de collaboration, Sabine Gumy a repris, en 2013, le salon Coiffure Création Marlène, fondé en 1976 par Marlène Siffert. «Le fait de connaître au préalable l’acheteuse m’a conforté dans mon choix et m’a permis de lui faire entièrement confiance, ceci malgré son jeune âge, explique Marlène Siffert, la venderesse. C’est ainsi, qu’après la signature, j’ai spontané- ment dialogué avec mes collaborateurs et ma clientèle pour les rassurer et leur transmettre un message de confiance et de réussite future.» Pour l’acheteuse, c’est aussi une belle histoire qui se poursuit: «Chez Coiffure Création Marlène, j’ai eu la chance d’être rapidement acceptée comme nouvelle patronne par mes anciennes collègues, relève Sabine Gumy. J’ai ainsi pu prendre mes marques sans devoir former une nouvelle équipe, tout en rassurant les clientes, souvent habituées à leur coiffeuse.»